Les porteur..euses de projets durables et engagés sont épuisé..es. Et franchement, il y a de quoi.
L’épuisement n’est pas un problème individuel #
Ces derniers mois, on a beaucoup parlé de l’épuisement des artisan..es, artistes, freelances et associations à Bruxelles. Et pour cause : entre les réformes qui s’enchainent, les coupes budgétaires régionales, la précarisation croissante et un coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, nombreux..ses sont celles et ceux qui ont le sentiment de courir un marathon dont la ligne d’arrivée recule constamment.
Ce qui nous frappe le plus dans les discussions que nous avons au quotidien, ce n’est pas tant la fatigue en elle-même. C’est la manière dont elle est vécue. Beaucoup de personnes ont l’impression d’être méprisé..es et seul..es face à des problèmes qui les dépassent largement. Comme si elles devaient trouver individuellement des réponses à des questions profondément collectives.
À Bruxelles, les projets engagés ne manquent pourtant pas. Des personnes ouvrent des espaces communautaires, montent des médias indépendants, créent des ateliers partagés, lancent des cantines sociales, organisent des festivals militants ou imaginent de nouvelles manières de produire, de transmettre ou de prendre soin. Ce sont des initiatives qui font tenir la ville debout, qui créent du lien là où il y a de l’isolement, du sens là où il y a du vide et de l’entraide là où les institutions ne suffisent plus. Pourtant, derrière cette effervescence, on retrouve souvent les mêmes récits : celui de personnes qui portent trop, qui cumulent les casquettes et qui finissent pas manquer d’air.
Le mythe de l’entrepreneur..se qui réussit seul..e #
On continue à nous raconter que la réussite passe par l’autonomie, la débrouille et la capacité à tout gérer soi-même. On célèbre les entrepreneur..ses qui ont “réussi seul..es”, celles et ceux qui auraient trouvé la formule magique grâce à leur travail acharné et leur persévérance. Mais quand on regarde d’un peu plus près, cette histoire tient rarement debout.
La plupart des projets que l’on admire reposent sur une multitude de soutiens invisibles : des proches qui encouragent, des collectifs qui partagent leurs ressources, des communautés qui relaient , soutiennent et ouvrent des portes.
Quand on individualise ce qui devrait être collectif #
Peut-être que notre problème vient justement de là. Depuis longtemps, nous avons pris l’habitude d’individualiser des choses qui devraient être portées ensemble. Nous cherchons des solutions personnelles à des problèmes de précarité, d’isolement ou de perte de sens qui concernent en réalité tout un écosystème. On demande aux individus d’être toujours plus résilients alors que les structures autour d’eux deviennent de plus en plus fragiles.
Cette logique fait des dégâts : les corps fatiguent, les projets ralentissent, les personnes commencent à douter de leur légitimité. Certaines finissent même par abandonner des initiatives dont nous avons pourtant collectivement besoin. Non pas parce qu’elles manquent de talent ou de motivation, mais parce qu’il est extrêmement difficile de tenir seul..e dans la durée.
Refaire village à Bruxelles #
C’est peut-être pour ça que la question de la communauté nous semble si importante aujourd’hui. Pas comme un concept abstrait ou un mot à la mode, mais comme véritable structure de soutien.
Faire communauté ce n’est pas seulement organiser des événements ensemble ou partager un espace de travail, c’est créer des conditions pour que les projets puissent exister sans reposer entièrement sur les épaules d’une seule personne. C’est pouvoir demander de l’aide sans avoir l’impression d’échouer, et trouver des pairs qui comprennent les mêmes tensions, les mêmes doutes et les mêmes contradictions que soi.
Et si une des plus belles innovations pour le futur de Bruxelles était de reprendre le pouvoir collectivement ?
Parce qu’au fond, reprendre le pouvoir sur son projet n’a peut-être jamais consisté à devenir plus performant..e ou plus productif..ve, mais plutôt à retrouver sa place dans un écosystème qui nous dépasse. Et c’est peut-être simplement retrouver une manière plus humaine, plus collective et plus soutenable de créer.
La prochaine session de candidature pour la cohorte du Boost d'octobre aura lieu le 25 juin à l'Extension (1060 Saint-Gilles).
Le Boost est un programme financé par Actiris et FSE+